Sylvie Isabelle, professeure, Louise Lavine, secrétaire de direction, Anaïs Lacasse, professeure, Marimée Godbout-Parent, doctorante, Nancy Julien et Sophie Duhaime, professeures
Au Canada, une personne sur cinq vit avec de la douleur chronique. Certaines populations, notamment les femmes et les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre, sont plus touchées que d’autres, ce qui met en lumière des inégalités dans l’accès et l’adaptation des soins. Malgré de nombreuses années de recherche sur les traitements, peu d’études ont examiné les interactions complexes entre les trois dimensions du modèle biopsychosocial : la dimension biologique (génétique, chimie cérébrale), la dimension psychologique (émotions, croyances, peurs) et la dimension sociale (environnement, travail, famille, revenu). Pourtant, ces dimensions interagissent et influencent l’expérience de la douleur, ce qui rend essentielle une approche adaptée à chaque personne, au-delà de la seule maladie physique.
Dans sa thèse, Marimée Godbout-Parent, doctorante en sciences de la santé à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en sciences de la santé, a étudié l’association entre le sexe, le genre et trois aspects liés à la prise en charge de la douleur chronique : le recours aux traitements physiques et psychologiques, l’utilisation persistante de médicaments sur ordonnance et l’utilisation fréquente des soins et des services médicaux.
Dans le cadre de son projet, la doctorante a utilisé différentes sources de données : un questionnaire rempli en ligne par près de 2 000 Québécoises et Québécois vivant avec de la douleur chronique, des données administratives de santé ainsi que le registre reMed (assurance médicaments privée). Le sexe, l’identité de genre et certains traits de personnalité associés aux stéréotypes de genre ont été analysés à l’aide d’une analyse comparative fondée sur le sexe et le genre plus (ACSG+).
Les résultats montrent des associations significatives entre le sexe, le genre et différentes formes de prise en charge de la douleur chronique. L’analyse a également permis d’examiner comment ces facteurs interagissent avec d’autres caractéristiques comme l’âge, la situation d’emploi ou le type d’assurance médicaments. Par exemple, les hommes présentant des traits androgynes sont moins susceptibles d’avoir recours à des traitements physiques ou psychologiques que les femmes. En ce qui concerne l’utilisation persistante de médicaments sur ordonnance, les femmes assurées au privé utilisent moins d’opioïdes que les hommes et les femmes sans emploi. De plus, les femmes sans emploi ont davantage recours aux antidépresseurs que les hommes, en particulier les hommes plus âgés.
Quant à l’utilisation fréquente des services médicaux, les femmes sans emploi et plus scolarisées sont plus susceptibles d’y recourir fréquemment que les hommes. Dans l’ensemble, ce projet a permis d’approfondir la compréhension des facteurs biopsychosociaux associés au traitement de la douleur chronique. Il contribue à une science plus équitable et met en lumière des pistes concrètes pour améliorer les soins offerts à toutes et à tous.
Marimée Godbout-Parent a soutenu sa thèse intitulée « Sexe, genre et gestion de la douleur chronique : un portrait de l'usage de traitements physiques et psychologiques, de médicaments sur ordonnance et de services médicaux » le 16 mars 2026. Son étude a été réalisée sous la direction d’Anaïs Lacasse, professeure titulaire de la Chaire de recherche institutionnelle en épidémiologie de la douleur chronique, et sous la codirection de Nancy Julien, également professeure à l’UER en sciences de la santé. Le doctorat recherche en sciences de la santé de l'Université Sherbrooke est offert en extension par l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) (seul le cheminement sans concentration est offert à l’UQAT).
Soulignons que Marimée Godbout-Parent a reçu la prestigieuse bourse d’excellence des Instituts de recherche en santé du Canada pour ce projet, une distinction nationale octroyée aux candidates et candidats démontrant un potentiel exceptionnel en recherche et en productivité scientifique. Elle s’est également vu décerner le prix « Relève étoile Jacques-Genest – Février 2023 » du Fonds de recherche du Québec – Santé.
Maîtrisant l’art de vulgariser ses travaux, la doctorante a aussi remporté en 2023 la compétition locale de Ma thèse en 180 secondes, ce qui lui a valu une place à la finale québécoise tenue à Montréal la même année. Elle a par ailleurs lancé une revue virtuelle accessible en ligne, intitulée « Plus qu’une histoire de maux », visant à démystifier la douleur chronique.
Un parcours qui témoigne de son engagement et de l’excellence de ses travaux.