Repenser la gestion des feux de forêt avec les communautés qui fréquentent le territoire
Repenser la gestion des feux de forêt avec les communautés qui fréquentent le territoire
- Publié le :
- Catégorie :
- Actualité
- Étiquettes :
Quand on pense aux feux de forêt, on pense d’abord au danger qu’ils représentent. Pourtant, en Eeyou Istchee (Baie-James), plusieurs membres des communautés cries les perçoivent comme une force à la fois destructrice et essentielle à la construction des paysages culturels. La gestion actuelle des feux vise surtout à protéger les infrastructures, sans toujours tenir compte de l’importance du territoire pour la chasse, les déplacements et les pratiques culturelles. Dans le cadre de son doctorat en géographie culturelle à l’École d’études autochtones de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Guillaume Proulx a développé un outil d’aide à la décision destiné aux gestionnaires du territoire afin d’intégrer ces réalités aux choix d’aménagement et de gestion des feux, notamment à l’aide de cartes de risque, de zones d’intervention et de corridors d’accès au territoire.
Avec les changements climatiques, la fréquence et l’étendue des feux augmentent dans la forêt boréale, ce qui rend d’autant plus importante l’intégration des valeurs et des savoirs autochtones à leur gestion. Les Eeyouch (Cris de l’Est) vivent sur leur territoire depuis des millénaires en coexistence avec les feux de forêt. Et si ces savoirs autochtones pouvaient nous aider à mieux faire face aux incendies d’aujourd’hui? Dans le cadre de sa recherche, Guillaume Proulx est allé à la rencontre des communautés de Nemaska et de Wemindji pour discuter des feux, du territoire et du mode de vie. Lors d’entretiens avec des tallymen (gardiens du territoire) et d’autres personnes qui vivent et fréquentent le territoire, il a constaté que le feu est perçu à la fois comme une source de danger et comme une source de vie : après son passage apparaissent les bleuets, de nouveaux habitats pour l’orignal et du bois de chauffage. Les Eeyouch ont également expliqué qu’ils aménagent le territoire afin de limiter la propagation des incendies.
Des ateliers de cartographie ont été réalisés avec les communautés afin d’identifier les lieux importants pour leur mode de vie et de leur attribuer des valeurs paysagères. Guillaume Proulx a ensuite comparé ces sites à différents scénarios de propagation des feux pour repérer les secteurs les plus vulnérables. L’outil qu’il a développé distingue quatre contextes d’intervention et propose cinq scénarios d’action selon la priorité des sites, leur accessibilité et les bénéfices attendus. Cet outil concret permet ainsi de prendre en compte non seulement les coûts et l’efficacité des mesures de protection, mais aussi l’importance culturelle et territoriale des lieux pour les communautés.
Grâce à sa détermination et à la portée de son projet, Guillaume Proulx a reçu plusieurs distinctions prestigieuses, dont la bourse Action climatique du Fonds de recherche du Québec (FRQ) et la Médaille du Lieutenant-gouverneur pour la jeunesse. Durant son parcours universitaire, ses recherches l’ont également mené à prendre part à différents rendez-vous scientifiques aux États-Unis, en Espagne et au Canada. Soucieux de vulgariser ses travaux et de contribuer au transfert des connaissances, il a participé à diverses conférences ouvertes au public et a pris la parole à de nombreuses occasions dans les médias. Son projet a également donné lieu à la rédaction d’articles scientifiques parus notamment dans FACETS et dans Progress in Environmental Geography.
Le 20 août dernier, Guillaume Proulx a soutenu avec succès sa thèse intitulée « Atténuation culturellement pertinente des risques liés aux feux de forêt en Eeyou Istchee ». Ses travaux ont été dirigés par Hugo Asselin, professeur titulaire à l’École d’études autochtones.
