Regard sur la place de gendarmes spéciaux inuinnait dans l’ouest de l’Arctique
Regard sur la place de gendarmes spéciaux inuinnait dans l’ouest de l’Arctique
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L’établissement des premiers postes de la police montée dans l’ouest de l’Arctique, au début du XXᵉ siècle, s’inscrit dans l’expansion de l’État canadien dans le Nord. Si la présence policière dans l’Arctique de l’Est a été relativement bien étudiée, les relations quotidiennes entre les constables et les Inuinnait du Kitikmeot demeurent encore peu documentées, en particulier lors des patrouilles en traîneau à chiens. C’est à cette réalité que s’est intéressé Danny Baril, doctorant en histoire arctique à l’École d’études autochtones de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). Son projet explore les relations complexes entre les policiers, les gendarmes spéciaux inuinnait et leurs chiens, au cœur des déplacements et du quotidien dans le Nord.
Entre 1903 et 1945, la police montée canadienne a établi plusieurs postes dans l’ouest de l’Arctique. Elle y déployait des agents afin d’appliquer les lois fédérales, de surveiller la traite des fourrures et d’affirmer la souveraineté canadienne sur un vaste territoire habité par les Inuinnait. À partir d’un corpus d’archives composé de journaux de patrouille, de rapports de la police montée, de correspondances et de récits de mémoire, Danny Baril a étudié ces postes comme des espaces à la fois de collaboration, de dépendance et de tension. Son analyse montre que les gendarmes spéciaux inuinnait, recrutés pour leur expertise du milieu arctique et leurs compétences techniques (chasse, navigation et soins aux chiens), jouaient un rôle central dans le fonctionnement des patrouilles. Toutefois, cette reconnaissance n’effaçait pas les représentations paternalistes et racialisées que les policiers entretenaient à l’égard des Inuit dans leur ensemble.
En mettant en lumière ces relations d’interdépendance, cette thèse montre que la survie et l’efficacité des opérations policières reposaient en grande partie sur les savoirs et les compétences des Inuinnait. Elle propose ainsi de revisiter l’histoire de la souveraineté canadienne dans l’Arctique occidental en redonnant une place centrale aux gendarmes spéciaux inuinnait, dont la contribution est souvent restée en marge des récits historiques et des archives.
Les travaux de recherche de Danny Baril lui ont permis de participer à la rédaction de plusieurs articles scientifiques parus dans des revues multidisciplinaires, dont Anthrozoös, Arctic et la Revue d’études autochtones, une revue francophone publiée au Québec qui s’intéresse aux enjeux et aux réalités des peuples autochtones d’ici et d’ailleurs.
Danny Baril a soutenu sa thèse intitulée « A native who can be thoroughly relied upon » : les relations entre la police montée, les gendarmes spéciaux inuinnait et leurs chiens dans le Kitikmeot (1903-1945) le 22 juin dernier. La soutenance s’est tenue en présence de son directeur de recherche, Francis Lévesque, professeur titulaire à l’École d’études autochtones, au campus de l’UQAT à Val-d’Or (Pavillon des Premiers-Peuples).
