Les coupes partielles influencent-elles la dynamique du carbone organique du sol?
Les coupes partielles influencent-elles la dynamique du carbone organique du sol?
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Les sols des forêts boréales constituent l’un des plus grands réservoirs de carbone terrestre. Comme ce carbone est emmagasiné dans le sol plutôt que d’être relâché dans l’atmosphère sous forme de CO₂, ces écosystèmes jouent un rôle clé dans l’atténuation des changements climatiques. Une grande partie de ce carbone est stockée sous forme de carbone organique du sol (COS), issu de la décomposition de la matière organique, comme les feuilles, les aiguilles ou les branches. Mais les interventions forestières, comme les coupes partielles, influencent-elles la dynamique du COS? Cette dynamique dépend de mécanismes biologiques, climatiques et édaphiques qui demeurent encore mal compris.
Les travaux de Maya Disraëli Ratsimandresiarivo, doctorante sur mesure en gestion du carbone forestier à l’Institut de recherche sur les forêts (IRF), visaient à évaluer les effets à long terme de l’éclaircie commerciale sur la quantité et la qualité du COS. L’étude a été réalisée dans des peuplements d’épinettes noires ayant fait l’objet de coupes partielles il y a 20 ans, dans deux régions aux caractéristiques contrastées : l’Abitibi, où le climat est plus chaud et plus sec et les sols plus fertiles (Luvisol), et la Côte-Nord, où le climat est plus froid et plus humide et les sols plus acides (Podzols).
Les résultats montrent que les effets de l’éclaircie commerciale sur le COS varient selon la profondeur du sol et la région étudiée. Bien que les stocks totaux de carbone soient restés les mêmes 20 ans après intervention, des changements importants ont été observés dans certaines couches du sol. Par exemple, sur la Côte-Nord, une perte de carbone stable a été mesurée dans la couche organique (carbone qui persiste normalement pendant des décennies dans le sol). En modifiant les conditions microclimatiques et la disponibilité des nutriments dans le sol, la coupe partielle semble influencer la qualité des racines fines et accélérer la décomposition de la matière organique, deux processus qui affectent le maintien du carbone dans le sol. Ces résultats montrent ainsi que les effets des coupes partielles ne peuvent être évalués uniquement à partir des stocks totaux, car un bilan qui semble maintenu peut masquer une fragilisation du carbone le plus durable. Les résultats révèlent également l’importance d’adapter les pratiques sylvicoles aux caractéristiques propres de chaque région.
Ces travaux de recherche ont permis à Maya Disraëli Ratsimandresiarivo de présenter ses résultats lors de plusieurs évènements scientifiques au Québec ainsi qu’à l’international, notamment au Maroc, à Édimbourg et à São Paulo. Ce parcours témoigne du rayonnement de ses travaux et de l’expertise reconnue de l’IRF bien au-delà des frontières. La doctorante a également contribué à la rédaction d’un article publié dans la revue Forest Ecology and Management, une référence internationale qui met en lumière les liens entre l’écologie forestière et la gestion des forêts.
Maya Disraëli Ratsimandresiarivo a soutenu sa thèse intitulée « Dynamique du carbone organique du sol après coupes partielles dans les pessières noires du Québec : une approche intégrée des stocks, de la stabilité et des racines fines » le 16 juillet dernier. Son étude a été dirigée par Xavier Cavard, professeur à l’IRF, et codirigée par Annie DesRochers, également professeure à l’IRF.
