Le poids et la légèreté des mots

 29 janvier 2012
3 commentaires »
Marie-Christine St-Onge Champoux Marie-Christine St-Onge Champoux
Simplicitité, humour, sérieux et 28 lettres!

Comme vous le savez, j’étudie présentement au Bacc. en travail social. Le travail social n’est pas un métier. C’est plutôt, une profession et même une vocation. Bref, ça me passionne! Quand on parle de travail social, on parle également de plusieurs composantes… De plusieurs chemins et de grandes lignes à suivre. Par exemple, le respect de la confidentialité, le respect de la personne, le respect de ses croyances et aspirations. Aussi observer le verbal et le non verbal de l’individu en passant par l’adaptation du langage à celui de la personne.

«Adapter le langage…» Tous ces points sont importants, mais ce dernier mérite que je m’y attarde plus particulièrement. Parfois, il me semble que ceci peut être omis de la part de certains œuvrant en relation d’aide. Je m’explique… Imaginez que vous êtes un travailleur social dans un centre d’éducation populaire et que vous devez monter des activités avec un groupe de personnes analphabètes. Vous me voyiez déjà venir avec mes gros sabots, n’est-ce pas? C’est logique, vous allez adapter votre langage à celui des personnes qui se trouvent devant vous. À l’inverse, imaginez que vous dîtes ceci aux participants: «Pouvez-vous me dire de quel courant littéraire il est question dans ce court extrait fort distrayant d’Honoré de Balzac?» J’exagère… À peine. Croyez-vous vraiment que l’activité et les propos utilisés dans cet exemple sont vraiment appropriés?

Je n’avance pas ici qu’il faut parler en bébé lala à ces participants. Non non! C’est que, à mon avis, à l’Université, nous apprenons largement le sens des mots et la justesse de leur utilisation. Ceci est très utile. Certes, depuis que je suis aux études supérieures, ma syntaxe et mon vocabulaire ont largement évolués. Et d’un autre côté, en contexte de relation d’aide, il faut, comme je disais plus tôt, ajuster son vocabulaire à la personne qui se trouve devant nous.

Alors d’un côté, pour moi l’utilisation d’un mot plutôt qu’un autre devient de plus en plus facile et évident. C’est un peu comme si les mots, les phrases devenaient simples et légères. D’un autre côté, ces mêmes mots peuvent devenir lourds de sens pour certaines personnes. Et même, peuvent mettre mal à l’aise ceux qui les entendent.

Imaginez, un homme qui pile sur son orgueil, afin de venir vous consulter. Un homme qui est à bout du rouleau, qui présente des symptômes dépressifs, ne mange plus et ne sait plus quoi faire pour remonter la pente. Imaginez que vous commencez avec vos gros termes et mots à 100 piasses. Souvent, il est très ardu de faire les premiers pas pour demander de l’aide. Si en plus, il faut tomber sur un espèce de fanfaron qui parle comme s’il est devant un auditoire de la NASA… Bref, rien pour aider ce Monsieur. Et peut-être même, ressentira-t-il que vous ne le comprenez pas et qu’il n’est tout simplement pas au bon endroit?

Et comme je disais plus haut, ça ne veut pas dire parler en bébé ou parler comme un enfant. Ça aussi c’est rien qui peut aider. Déjà que la personne se sent mal de venir consulter… S’il faut en plus lui parler comme Passe-Montagne…

Au contraire, parler comme la personne et même reprendre certains de ces termes peut faire en sorte qu’elle se sente davantage comprise. Attention, ça ne veut pas dire que, si Monsieur Massicotte sacre comme un chartrier qu’il faut reprendre tous ces sacres.

Simplement équilibrer le tout et favoriser l’échange entre lui et vous; 

Ni trop lourd, ni trop léger.

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3 commentaires

  1. Alain Martel Alain Martel dit :

    Beau texte, comme d’habitude. J’ai compris ce principe si important pendant que j’étais travailleur de rue, ben oui, encore! Je suis arrivé à deux conclusions:
    1- Adapter son niveau de langage, ça veut dire d’être capable de vulgariser et de rendre accessible à un autre humain ce que les professeurs m’ont rendu accessible. Tous peuvent apprendre ces concepts.
    2- Pour arriver à faire cela, un intervenant doit être en mesure de mettre des mots sur sa propre douleur, ses besoins, ses émotions, ses sentiments et ses doléances.
    Pour être vraiment bref. J’aime ton texte.

  2. Merci Alain pour ton commentaire! Effectivement, tu as trouver LE bon mot; VULGARISER, afin de rendre plus accessible. Merci d’enrichir mes écrits, bonne fin de journée chez collègue :)

  3. Mais je crois qu’encore plus que vulgariser et ajuster son vocabulaire, c’est d’empathie dont il est question. C’est l’empathie qui permet à un individu de s’ajuster à l’Autre, de le rencontrer, de le sentir, de l’atteindre, de le voir et de le toucher. C’est l’empathie, cette façon de comprendre ce que l’Autre ressent sans nécessairement l’avoir déjà ressenti soi-même, qui permet à un professionnel d’en venir à être développer des compétences professionnelles. Et le reste suit!
    ;) Bonne réflexion sur ta pratique Marie-Christine, maintenant, parmi tes collègues, qui est en mesure d’atteindre ces niveaux d’empathie lorsqu’à l’heure actuelle, les mots « clients » sont sur toutes les lèvres, même en relation d’aide!
    d.

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